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Ci après des vers de Char. Expérience étrange de lecture dans la mesure où ils correspondent à des sensations éprouvées et mises en mots, tellement proches de celles qui me hantent et me traversent parfois.

Artine.

 

René Char, Chants de la Balandrane, 1975-1977.

La Flûte et le Billot, I.

La Pléiade (p. 554)

 

 

Haute Fontaine

 

Toujours vers toi

Sans te le dire

Jusqu’à ta bouche

Aimée.

Mais l’instant qui coule

Me nomme

Quels que soient les trains

que j’emprunte.

 

Préférée de l’air la calandre

Ne met pas en terre son chant

Et dans les blés le vent passe.

 

J’approche de la rose

La pointe de ma flamme

L’épine n’a pas gémit !

Seule me propre poussière

Peut m’user.

 

Un peu plus loin, La Pléiade, p. 556

 

Ne viens pas trop tôt ...

 

 

Ne viens pas trop tôt, amour, va encore ;

L’arbre  n’a tremblé que sa vie ;

Les feuilles d’avril sont déchiquetées par le vent.

 

La terre apaise sa surface

Et referme ses gouffres.

Amour nu, te voici, fruit de l’ouragan !

Je rêvais de toi décousant l’écorce.

 

 

 

A propos de poème, Paul Veyne, dans René Char en ses poèmes, écrivait :

 

« Il faut attendre de se sentir prêt pour l’amour, dont le retour est accueilli avec crainte :

 

« Ne viens pas trop tôt, amour, va encore ;

L’arbre n’a tremblé que sa vie, »

 

Car, en hiver, il craint de ne jamais renaître. Mais, pour une fois, la crainte était vaine :

 

« Amour nu, te voici, fruit de l’ouragan !

Je rêvais de toi décousant l’écorce. »

 

L’amour n’a pas desserré peu à peu le cœur : il et survenu en sa simplicité et en tempête. René était tout heureux d’avoir clos son poème sur le mot « écorce » qui est si beau ; « un chant de mésange, ce mot."

 

Il est toujours émouvant de lire les réactions du poète sur ses poèmes. Quel privilège!

Artine

Tableau de Zao Wou-Ki.

Tableau de Zao Wou-Ki.

Tag(s) : #Poésies

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