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Wintertag kurz vor Mittag, 1922. - Paul Klee
Wintertag kurz vor Mittag, 1922. - Paul Klee

J’avais oublié combien l’écriture de Le Clézio enluminait les mots. Retrouver l’osmose entre la nature et les personnages, c’est un retour à l’enfance, le souffle suspendu,le cœur en équilibre, le corps en alerte...

Artine

Lullaby

« « Karisma… »

Le mot rayonnait à l’intérieur de son corps, comme s’il était écrit aussi en elle et qu’il l’attendait. » (p. 99)

« Le soleil brûlait son visage. Les rayons de lumières sortaient d’elle, par ses doigts, par ses yeux, sa bouche, ses cheveux, ils rejoignaient l’éclat des rochers et de la mer. » (p. 100)

« Lullaby était pareille à un nuage, à un gaz, elle se mélangeait à ce qui l’entourait. Elle était pareille à l’odeur des pins chauffés par le soleil, sur les collines, pareille à l’odeur de l’herbe qui sent le miel. Elle était l’embrun des vagues où brille l’arc-en-ciel rapide. Elle était le vent, le souffle froid qui vient de la mer, le souffle chaud comme une haleine qui vient de la terre fermentée au pied des buissons. Elle était le sel, le sel qui brille comme le givre sur les vieux rochers, ou bien le sel de la mer, le sel lourd et âcre des ravins sous-marins. Il n’y avait plus une seule Lullaby assise sur la véranda d’une vieille maison pseudo-grecque en ruine. Elles étaient aussi nombreuses que les étincelles de lumière sur les vagues.

Lullaby voyait avec tous ses yeux, de toutes parts. Elle voyait des choses qu’elle n’aurait pu imaginer autrefois. Des choses très petites, des cachettes d’insectes, des galeries de vers. Elle voyait les feuilles de plantes grasses, les racines. Elle voyait des choses très grandes, l’envers des nuages, les astres derrière l’écran du ciel, les calottes polaires, les immenses vallées et les pics infinis des profondeurs de la mer. Elle voyait tout cela au même instant, et chaque regard durait des mois, des années. Mais elle voyait sans comprendre, parce que c’étaient les mouvements de son corps, séparés, qui parcouraient l’espace au-devant d’elle. »

(p.101)

Le Clézio, Lullaby.

Tag(s) : #Littérature

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