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Union du lien fraternel entre ces deux grands dans la symbiose du trait. Dessin de Jacques Basse.

Union du lien fraternel entre ces deux grands dans la symbiose du trait. Dessin de Jacques Basse.

Je ne peux résister, en ce début d'année, à vous présenter un extrait de la correspondance entre deux êtres chers à mon coeur, entre deux pensées essentielles à mon univers. Il se dégage de ces deux lettres, un air désuet qui me touche particulièrement en ces temps où tout semble aller trop vite, où l'on oublie trop souvent l'essentiel, noyés que nous sommes dans cette société qui nous dévore de l'intérieur. Admirez la retenue et la prose de ces deux hommes qui veillent l'un sur l'autre comme deux frères.

Je vous laisse en leur compagnie.

© Artine.

1950

32. René Char à Albert Camus.

Paris 5 janvier 1950

Cher Albert,

Il est un temps sur vous, j’espère, favorable à une humeur non tempêtante. A Paris ça pleurniche comme un robinet ! Les ressources de la Méditerranée étant bleues par nature, on peut faire fonds sur elles malgré les éclipses… Ces détours pas fins pour vous dire ma pensée…

L’essentiel est que vous vous rétablissiez sans trop de contrariétés. Je n’aimais pas du tout pour vous ce voyage en Brésil, pays du curare et du café, de l’équateur et des glaciers.

Cher Albert, je serais heureux que l’un de vous deux prît la plume, même rapidement, et me dise comment vous allez. Oui. J’attends cela sérieusement.

Je vous envoie mes vœux, mon affection.

Toute mon amitié à Francine.

Fidèlement votre.

René Char

33. Albert Camus à René Char

[Cabris] 10 janvier 1950

Mon cher René,

Le temps est merveilleux ici et vous aimeriez (vous aimerez) cette maison lumineuse et calme où tout est à portée de la main. Je m’y repose, le temps coule doucement. Et si seulement j’avais meilleur cœur, ce serait la paix. Mais l’année qui vient de s’écouler n’a pas été bonne pour moi. Et je me débats un peu dans son héritage.

Je suppose pourtant qu’il faut faire confiance à celle qui vient. Vous savez que, parmi les vœux que je puis former, quelques-uns des plus chaleureux vous concernent, vous et votre œuvre. Au midi de l’année, vous avez votre place.

Je me réjouis en tout cas de lire Les Matinaux de nouveau et cette fois devant le beau paysage qui s’étend devant mes fenêtres. Ecrivez-moi ce que vous faites et si votre projet de venir ici tient toujours.

Francine et moi nous vous envoyons notre affectueuse amitié,

Albert Camus

Tag(s) : #Littérature

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