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Je continue un peu ma découverte de Paul Claudel. Il faut bien varier les plaisirs et se diversifier. Cinq fruits et légumes par jour? Ah si je pouvais lire au moins cinq livres différents par jour ... euh, non, pardon! N'exagérons pas, tout de même. Par semaine! Zut alors, diététique et culture ne pratiquent pas la même échelle. Je Vous fais partager en quelques lignes ma lecture de cette pièce. Je crois que Partage de Midi reste, de loin, ma préférée.

 

Léchange

Comment rendre au plus juste les contradictions qui agitent l’âme de Paul Claudel pris entre la foi et le monde, écartelé entre le charnel et le spirituel, entre la femme et l’homme ? En écrivant, en créant, en lisant, voyageant… Chacun d’entre nous passe par des états contradictoires et lorsque les émotions qui nous agitent sont trop fortes, il nous faut en faire quelque chose, les troquer, les échanger, les transformer en larmes, en cris, en mots.

A travers quatre voix assimilées parfois à des instruments qui se répondent, Claudel met la parle en musique, explore ses doutes au travers de Louis Laine, de Marthe, de Thomas Pollock Nageoire et de Lenchy Elberon.

Je vous laisse en tête à tête avec les personnages, à Vous d’y saisir l’âme de Claudel.

@ Artine.

 

LECHY ELBERNON.

 — C'est ainsi que tous quatre nous échangeons des paroles,

Nous tenant debout ensemble, et nos yeux s'en vont de l'un à l'autre;

La bouche livre des paroles et l'oreille les reçoit.

Mais j'ai l'oreille fine comme une pie ! et les Gypsies qui

ont la pointe de l'oeil recourbée

(Car j'ai vécu avec elles un temps),m'ont dit

Que si, perçant la pierre de la tombe, j'y appliquais l'oreille,

je finirais par entendre les morts au fond,

Car ils parlent ensemble, d'argent.

Et j'écoute, et j'entends entre nos paroles trois bruits:

La rumeur de la mer,

Et un petit frémissement dans les feuilles, comme le
souffle de quelqu'un qui dort, et le cri

Des locustes dans l'herbe haute.

Mais je puis pénétrer jusqu'à l'âme, car la parole

Répond dans la pensée des autres;

Comme quand je joue je sais ce que l'autre répondra.

Car, comme il y a une harmonie entre les couleurs, il
y en a une entre les
voix.

Et, comme entre les voix, il y a un concert entre les
âmes, qu'elles se haïssent ou s'aiment.

Et nous, tous quatre, nous avons les cheveux noirs,
et c'est ainsi que nous sommes réunis (…)

 

Paul Claudel, L’échange, FolioPlus Classique, p. 52-53

Edward Hopper, Summer Evening, 1947, Collection particulière.

Edward Hopper, Summer Evening, 1947, Collection particulière.

Tag(s) : #Théâtre

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