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Après avoir contemplé, dans un songe éveillé,  les traces circulaires de ma tasse de thé, je vous livre mes réflexions sous influence « chariennes ».

 

Le poème – mais s’agit-il encore d’un poème ? – Afin qu’il n’y soit rien changé, par sa structure particulière de strophes introduites par des numéros de un à neuf est à part dans le livre Seuls demeurent (1938-1944).

 

Des esquisses pérennisées dans la brièveté d’un instant, figés dans l’ébauche d’un geste, tels sont les mots de René Char, saisissant notre œil, agitant notre esprit.

Un ordre fuse, impatient, guidé par l’action, le poète commande les mots, met en place la création : « Tiens mes mains intendantes », capte l’assonance des notes et leurs échos « Dans la luzerne de ta voix tournois d’oiseaux », l’impression se fige dans notre mémoire.

 

Les éléments et les couleurs s’inversent, « Le ciel n’est plus aussi jaune, le soleil aussi bleu »,  fusionnent  « L’étoile furtive de la pluie s’annonce ». Le présent naît sous nos yeux, un tableau en mouvements se déroule, animé par la force des images où  de nouveaux sons et associations de contrastes percutent notre entendement « Frère, silex fidèle, ton joug s’est fendu »  . Et la strophe s’achève sur ce constat inouï : « L’entente a jailli de tes épaules. »

 

Vient ensuite s’imposer la Beauté, sobrement « Beauté, je me porte à ta rencontre dans la solitude du froid », le poète guidé par la lumière « lampe », « rose », « brille », vient oublier sa « solitude » et pour relativiser l’ombre «  Le seuil du soir se creuse. » 

 

 

Union, communion de l’homme et de la nature, de la création en phase avec l’univers, le poète se nourrit de cet accord entre « le vent », souffle de vie :  « Je t’aime », répète le vent à tout ce qu’il fait vivre. Je t’aime et tu vis en moi. », exaltant l’énergie qui le porte, les forces qui nous meuvent. 

Belle journée.

Artinement vôtre.

1.

Tiens mes mains intendantes, gravis l’échelle noire, ô Dévouée ; la volupté des graines fume, les villes sont fer et causerie lointaine.

 

2.

Notre désir retirait à la mer sa robe chaude avant de nager sur son cœur.

 

3.

Dans la luzerne de ta voix tournois d’oiseaux chassent soucis de sécheresse.

 

4.

Quand deviendront guides les sables balafrés issus des lents charrois de la terre, le calme approchera de notre espace clos.

 

5.

La quantité de fragments me déchire. Et debout se tient la torture.

 

6.

Le ciel n’est plus aussi jaune, le soleil aussi bleu. L’étoile furtive de la pluie s’annonce. Frère, silex fidèle, ton joug s’est fendu. L’entente a jailli de tes épaules.

 

7.

Beauté, je me porte à ta rencontre dans la solitude du froid.
Ta lampe est rose, le vent brille. Le seuil du soir se creuse.

 

8.

J'ai, captif, épousé le ralenti du lierre à l'assaut de la pierre de l'éternité.

 

9.

« Je t’aime », répète le vent à tout ce qu’il fait vivre.

Je t’aime et tu vis en moi.

 

René Char, Seuls demeurent (1938-1944), Fureur et Mystère,1945.

 

Tag(s) : #Poésies

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