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Je reviens à ce Trésor, grâce à Vous, CHAR, dans l’atelier du poète. Et pour partager mon émoi, je cite d’abord un extrait qui m’attache à Vous :

« L’œuvre de Balthus est verbe dans le trésor du silence. Nous désirons, tous, la caresse de cette guêpe matinale que les abeilles désignent du nom de jeune fille et qui cache dans son corsage la clef de Balthus. »

Mais je ne peux résister à l’envie de reproduire le texte dans son intégralité pour saisir au mieux l’approche de l’œil de Char. Je vous laisse en sa compagnie :

@Artine

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Autre contribution de René Char à ce numéro des Cahiers d’art, son texte sur Balthus, placé en dessous des Beaux jours. Char enverra le manuscrit du poème à Georgette, ajoutant dans sa lettre qu’il faut écrit « par temps d’angoisse ».

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Balthus ou le dard dans la fleur

Août 1946

Ce qui m’attache à la peinture de Balthus, c’est d’abord la présence de ce rouge-gorge infus qui en est l’artère et l’essence. L’énigme que j’appelle rouge-gorge est le pilote caché au cœur de cette œuvre dont les situations et les personnages égrènent devant nous leur volonté inquiétante.

Le décalogue de la réalité, ‘après lequel nous évoluons, subit ici sa vérification. L’oiseau qui chante son nom se termine en fil d’Ariane. A cet endroit se trouvent toutes les attitudes possibles des êtres à partir de leur nature divisée. En mettant sous nos yeux, dans leur phase compréhensible, les ressources de la tragédie intimiste. Balthus indique l’avenir. A nous de nous passionner pour des faits  et des caractères qui ne sont pas issus du chaos mais d’un mystérieux ordre humain. D’où la réserve intense de beauté mûrie qui accompagne l’œuvre de ce peintre.

L’hermétisme fertile se tint dans le tissu de la source et peu dans ses volutes. Qui craint d’écrouler les échafaudages et de révéler à la vue le monument doit se préparer à disparaître. La lumière déchirée de notre temps donne raison à Balthus : au contact de son univers prémédité nous reprenons confiance et atteignons le point aigu où s’épousent intelligence et sensation, au niveau d’un art qui est le climat souhaitable de la vie parce qu’immanent et perspicace. Ainsi Balthus qui ne s’est jamais tenté par l’exploit, réalise celui de nous restituer quelque chose de plein, d’organisé pour agir, dans les limites supportables de l’illimité humain.

L’œuvre de Balthus est verbe dans le trésor du silence. Nous désirons, tous, la caresse de cette guêpe matinale que les abeilles désignent du nom de jeune fille et qui cache dans son corsage la clef de Balthus.

Cahier d’art 1946.

CHAR, Dans l’atelier du poète, Quarto Gallimard édition établie par Marie-Claude Char. © Gallimard, 1996. p. 432-433.

 

 

Balthus, Les Beaux jours, 1945.

Balthus, Les Beaux jours, 1945.

Tag(s) : #Poésies

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