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                      La ville n’était pas défaite. Dans la chambre devenue légère le dormeur de liberté couvrait son amour de cet immense effort du corps, semblable à celui de la création d’un fluide par le jour. L’alchimie du désir rendait essentiel leur génie récent à l’univers de ce matin Loin derrière eux leur mère ne les trahirait plus, leur mère si immobile. Maintenant ils précédaient le pays de leur avenir qui ne contenait encore que la flèche de leur bouche dont le chant venait de naître. Leur avidité rencontrait immédiatement son objet. Ils douaient d'omniprésence un temps qu’on n’interrogeait pas.
                    Il lui disait comment jadis dans les forêts persécutées il interpellait les animaux auxquels il apportait leur chance, son serment aux monts internes qui l'avait conduit à la reconnaissance de son exemplaire destin et quel boucher secret il avait dû vaincre pour acquérir à ses yeux la tolérance de son semblable.
Dans la chambre devenue légère et qui peu à peu développait les grands espaces du voyage, le donneur de liberté s'apprêtait à disparaître, à se confondre avec d'autres naissances, une nouvelle fois.

René Char, Seuls demeurent, (1938-1944), Fureur et mystère. 1945.

Tag(s) : #Poésies

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