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Voici quelques extraits de Partage formel. Je n'ai pas pris le temps de rédiger quelques commentaires. Peut-être un jour.

Artinement vôtre.

 

Partage formel

Dédicace : Mes sœurs, voici l’eau du sucre qui pénètre toujours plus étroite au cœur de l’été ;

I.

L'imagination consiste à expulser de la réalité plusieurs personnes incomplètes pour, mettant à contribution les puissances magiques et subversives du désir, obtenir leur retour sous la forme d'une présence entièrement satisfaisante. C'est alors l'inextinguible réel incréé.

 

III.

Le poète transforme indifféremment la défaite en victoire, empereur prénatal seulement soucieux du recueil de l’azur.

 

VIII.

Chacun vit jusqu’au soir qui complète l’amour. Sous l’autorité harmonieuse d’un prodige commun à tous, la destinée particulière s’accomplit jusqu’à la solitude, jusqu’à l’oracle.

 

IX.

A DEUX MERITES. – Héraclite, Georges de La Tour, je vous sais gré d'avoir de longs moments poussé dehors de chaque pli de mon corps singulier ce leurre : la condition humaine incohérente, d'avoir tourné l'anneau dévêtu de la femme d'après le regard du visage de l'homme, d'avoir rendu agile et recevable ma dislocation, d'avoir dépensé vos forces à la couronne de cette conséquence sans mesure de la lumière absolument impérative : l'action contre le réel, par tradition signifiée, simulacre et miniature.

 

XIII.

Fureur et mystère tour à tour le séduisirent et le consumèrent. Puis vint l’année qui acheva son agonie de saxifrage.

 

XIX.

Homme de la pluie et enfant du beau temps, vos mains de défaites et de progrès me sont également nécessaires.

 

XXV.

 

Refuser la goutte d’imagination qui manque au néant, c’est se vouer à la patience de rendre à l’éternel le mal qu’il nous fait.

O urne de laurier dans un ventre d’aspic !

 

XXX.

Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir.

 

XXXVII.

Il ne dépend que de la nécessité et de votre volupté qui me créditent que j’aie ou non le Visage de l’échange.

 

XXXIX.

 

Au seuil de la pesanteur, le poète comme l’araignée construit sa route dans le ciel. En partie caché à lui-même, il apparaît aux autres, dans les rayons de sa ruse inouïe, mortellement visible.

 

XLII.

 

Etre poète, c’est avoir de l’appétit pour un malaise dont la consommation, parmi les tourbillons de la totalité des choses existantes et pressenties, provoque, au moment de se clore, la félicité.

 

XLV.

Le poète est la genèse d’un être qui projette et d’un être qui retient. A l’amant il emprunte le vide, à la bien-aimée, la lumière. Ce couple formel, cette double sentinelle lui donnent pathétiquement sa voix.

 

XLVI.

Inexpugnable sous sa tente de cyprès, le poète pour se convaincre et se guider, ne doit pas craindre de se servir de toutes les clefs accourues dans sa main. Cependant il ne doit pas confondre une animation de frontières avec un horizon révolutionnaire.

 

XLVII.

Reconnaître deux sortes de possible : le possible diurne et le possible prohibé. Rendre, s'il se peut, le premier l'égal du second ; les mettre sur la voie royale du fascinant impossible, degré le plus haut du compréhensible.

 

XLIX.

A chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d’avenir.

 

LV.

Sans doute appartient-il à cet homme, de fond en comble aux prises avec le Mal dont il connaît le visage vorace et médullaire, de transformer le fait fabuleux en fait historique. Notre conviction inquiète ne doit pas dénigrer mais l’interroger, nous, fervents tueurs d’êtres réels dans la personne successive de notre chimère. Magie médiate, imposture, il fait encore nuit, j’ai mal, mais tout fonctionne à nouveau.

L’évasion dans son semblable, avec d’immenses perspectives de poésie, sera peut-être un jour possible.

 

 

Nicolas Poussin, L'inspiration du poète, vers 1627, 182 x 213 cm, Paris Le Louvre.

Nicolas Poussin, L'inspiration du poète, vers 1627, 182 x 213 cm, Paris Le Louvre.

Tag(s) : #Poésies

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