Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le visage nuptial m’a un peu manqué alors je dépose  quelques réflexions à propos d’Evadné.

La communion entre l’été et les amants est totale. En effet, l’été annonce le couple dans sa plénitude « L’été /et notre vie/ étions d’un seul tenant » remarquons au passage les répétitions des sons « et » et l’écho inversé dans tenant ! Ainsi les autres éléments du décor accompagnent le couple, avec tout d’abord « la campagne » plutôt vorace qui « mangeait la couleur de la jupe odorante ».

Je ne peux m’empêcher d’admirer l’efficacité du verbe « manger » et les assonances « an » pour évoquer l’appétit des sens en alerte devant la présence féminine discrète symbolisée par « la jupe » magnifiée et entourée par les sensations exacerbées de la vue avec « la couleur » et de l’odorat avec « odorante ». La campagne devient la complice ou se substitue à l’amant conquérant, les sens en alerte, l’œil affamé de couleur et la narine frémissante aux moindres mouvements de la jupe de sa belle. Vive le mois de juin, l’été, la campagne, les jupes et René Char …

Bon il est temps pour moi d’aller au lit, je commence à dérailler sérieusement avec cette Evadné.

Artinement vôtre. ;)

Le 06 juin,

Je poursuis un peu aujourd'hui en revenant sur le titre très étrange, qui à y réfléchir me fait penser à des apocopes de Eve, et  Adam à laquelle René Char aurait ajouté une référence à l'Eden. Tout cela aurait-il un rapport avec la recherche de cette part de Paradis enfoui en chacun de nous ?

Je m’en vais réfléchir sérieusement à cette piste !

 

Le 08 juin,

 

Finalement, l'Amour en poésie est à chaque fois à réinventer, l'homme et le femme se retrouvent à l'état originel, donc cette piste d'Eve et Adam unis dans un Eden me plaît, je la conserve.

 

Je poursuis avec la nature à l'unisson de la passion des amants avec l'écho des sons de "violence" à "vaciller" où se mêle également les sentiments fougueux qui agitent à la fois "les plantes" et les gestes des amants.

Seule la parenthèse semble mettre en péril ce bonheur. Et la part de la femme aimée s'élargit dans un univers poétique envahi de famine et de larmier géant, isolant à tout jamais le poète de la femme.

Pourtant le poème se clôt par une fusion totale entre les amants et l'univers, le poète devient créature terrestre.

 

Artinement vôtre.

 

L’été et notre vie étions d’un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta robe odorante
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant)

C’était au début d’adorables années
La terre nous aimait un peu je me souviens.

 

René Char, Seuls demeurent, Le visage nuptial, Evadné ...
Tag(s) : #Poésies

Partager cet article

Repost 0