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Dans l’Edition Quarto, (p.714), je viens de me régaler avec cette lettre qui a le mérite élégant de montrer comment René Char pouvait, lorsque quelqu’un le bousculait un peu, rappeler qu’il était un homme libre de rectifier un « petit malentendu ».

Savoureux.

Artine.

Je vous laisse juger.

 

En janvier, René Char envoie une lettre au Figaro littéraire en réponse à une polémique engagée autour du thème : « Les poètes et leurs poèmes »

 

Cher Monsieur,

 

Un journal du soir, à propos de « Les poètes et leurs poèmes », au Théâtre national populaire, pour le week end de Noël, me faisait réponse hier, pour justifier mon refus d’y participer, que « mon œuvre n’est pas faite pour être lue en public ». C’est bien possible, mais ce n’est pas à moi d’en décider. Je n’ai jamais, en tout cas, à moins d’amnésie grave de ma part, déclaré rien de semblable.

 

Dans le Figaro littéraire d’aujourd’hui, un de vos collaborateurs, citant deux lignes de ma lettre que le T.N.P., je suppose, lui a également communiquée, me présente à vos lecteurs comme un dénigreur de théâtre où « des milliers d’étudiants, d’ouvriers et de bourgeois, écrit-il, viennent applaudir Le Cid, Cinna, Lorenzaccio ».

 

Veut-on ameuter contre moi, poète non participant, les milliers de spectateurs, au demeurant fort sympathiques, du T.N.P. ? Diable ! Ma vérité est moins orgueilleuse.

 

Je crois (et tant pis si je suis seul à le croire) que les poètes doivent laisser aux acteurs – raison de plus quand nous nous trouvons dans un théâtre où les acteurs sont excellents – le soin de dire en public leurs poèmes ; que les poètes viennent à la queue leu leu lire, réciter ou déclamer, dans le cadre de dix minutes fixées d’avance, leur texte, cela me paraît contraire aux intérêts véritables de la poésie. Point de vue tout personnel qu’on a bien le droit, certes, de ne pas partager.

 

Une matinée, ou une soirée, consacrée, de temps à autre, à la poésie contemporaine par le T.N.P. , avec introduction par un poète impartial ( ce qui ne signifie pas non passionné) suivie d’une lecture de poèmes par les acteurs, voilà, je pense, ce qui serait satisfaisant pour tout le monde. Sans coup de génie publicitaire préalable, c’est préférable.

 

Je vous remercie, cher Monsieur, de l’hospitalité de vos colonnes et vous prie de croire à mes sentiments les plus cordiaux.

 

Le figaro littéraire, janvier 1955.

René Char photographié par Pierre-André Benoît.

René Char photographié par Pierre-André Benoît.

Tag(s) : #Poésies

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